samedi 10 novembre 2012

Ubud, Bali


Future nostalgie. J'ai intitulé ce journal les Dix Mille Sourires du Bouddha, et du Bouddha on n'a pas vu la queue d'un seul, vu que je suis en terre hindouiste et que de fait mon voyage en Asie du Sud-Est n'ira pas plus loin que Bali: Vu mes fonds limités il m'a fallu faire un choix, et il était question de faire ce tour du monde en bateau. Début Décembre j'embarque sur un porte-conteneurs à Singapour qui devrait m'amener sans coup férir à Livourne, Italie. Ce n'est pas encore cette fois-ci que j'irai au Laos...
Mais des Bouddha quand même il y a. Ne serait-ce que parce que j'habite Gautama Street à Ubud. En fait le bouddhisme mahayana est arrivé à Bali bien avant l'hindouisme, et il est toujours aussi vivace, même si plus discret. C'est ce que j'aime dans les si nombreuses religions et spiritualités asiatiques: Elles ne sont pas exclusives, ni même contradictoires. Mon voisin a une superbe statue de Shiva, qu'il honore de fleurs de frangipaniers, et franchement, s'il n'avait ces quatre bras, on le prendrait volontiers pour Siddharta. La pose, le sourire, cette tranquille satisfaction de se savoir au centre du monde...
Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris pourquoi les dieux hindouistes avaient des bras en pagaille, sinon pour ma propre nécessité de menuisier qui en aurait bien trouvé l'usage. Et peut-être est-ce ce que j'aime chez le Bouddha: il n'a pas besoin de bras en plus.
Si ce monde est spirituel, malgré ce qu'en disaient Engels et Schopenhauer, l'image humaine du Bouddha s'impose à moi comme ayant la meilleure résonnance. Je peux certainement m'y identifier beaucoup plus facilement qu'avec un messie dont le symbole est un instrument de torture et qui dérive sa liturgie d'une forme de cannibalisme. 
Le Bouddhisme s'est développé, sous une forme ou une autre, dans une grande partie de la planète, et pourtant jamais aucune guerre n'a été déclarée en son nom. Ceci devrait nous dire quelque chose, non? 
Je ne suis pas devenu bouddhiste pour autant. Je me suis toujours méfié de ces attroupements. Comme le disait Brassens, quand on est plus de quatre, on est une bande de cons. Je reste anarchiste, mécréant, et je vous emmerde tous.
Pourquoi ai-je cette sensation que le Bouddha était lui aussi anarchiste et mécréant? Je n'arrive pas à le voir comme un ennemi.  Je ne peux m'empêcher d'avoir de la sympathie pour ce fils de bonne famille qui tout à coup s'est fait un flip en voyant la vieillesse et la maladie, et s'est demandé s'il pouvait y changer quelque chose.
Il ne pouvait pas. Personne ne le peut. On vieillit et on meurt et tu peux toujours faire le malin au bord de l'eau avec les jambes croisées, à attendre que passe le cadavre de ton ennemi. Le tien ne devrait pas tarder non plus.
Mais il n'en reste pas moins sympathique. Un homme, pas un dieu. Et je veux bien lui accorder d'avoir été au-delà de ce qu'un homme puisse prétendre, puisque au-delà est bien la nature de notre prétention. Le Bouddha pose la question de savoir ce que nous somme capable d' être. Et nous sommes capables de choses véritablement étonnantes, surtout quand on n'a pas un vieux barbu colérique qui regarde par-dessus notre épaule.
Au fait, je viens d'apprendre que l'athéïsme n'est guère qu'une des nombreuses écoles de l' Hindouisme, qui s'est sérieusement posé la question de savoir si un dieu créateur était seulement plausible, sinon souhaitable. Et qui a répondu par la négative.