lundi 26 novembre 2012

Farewell Bali


Mon séjour ici se termine et j'en ai comme un pincement de coeur. Jeudi matin je m'envole pour Singapour, le temps à passé trop vite sur cette île délicieuse, j'ai tout juste le temps de faire mes bagages. Et bien sûr me vient cette frénésie de collectionneur dont j'avais si bien sû me défendre ces deux derniers mois: Prendre des photos, acheter des souvenirs. 
Et s'il me faut réellement des prétextes: Je vais arriver en France à Noël, en étant hébergé chez les uns et les autres. Je ne peux décemment pas y arriver les mains vides, déjà que j'y arrive les poches vides... Donc un ou deux tissus, un ou deux masques, je me retrouve à faire ce que j'ai évité jusqu'à présent comme la peste: Faire les boutiques. Le bon coté, c'est que les commerçants de la rue Hanuman me voient passer depuis longtemps, que nous échangeons sourires et saluts, et qu'ils ne vont pas trop me matraquer. Friendly price, eh?
Autre prétexte de collectionneur, Ubud est une ville tellement scénique, tellement sympathique que j'ai décidé d'un commun accord de faire une sorte de reportage photographique sur les Gardiens. Et à vrai dire j'ai élargi la prospective à la statuaire balinaise en générale. Je ne sais ce que je vais en faire. Possiblement un site internet dédié, ou un petit film pour les initiés. J'aurais tout le temps de le travailler pendant les vingt jours qui devraient m'amener de Singapour à Livourne à bord du porte-conteneur Hanjin Athens, pour un retour en Europe que je ne désire pas vraiment mais ai-je réellement le choix?
La part du rêve, c'est ce disclaimer qu'on m'a fait signer en cas d'attaque de pirates dans le golfe d'Aden. La part du rêve, ce sont ces figures hallucinées censées repousser les esprits et veiller sur nos nuits sans sommeil. La statuaire balinaise est habitée, animée! Les sculpteurs sur bois ou sur pierre ici sont considérés comme de grands artistes, ce que de fait ils sont. Bien sûr il y a des thèmes récurrents, des commandes basiques, mais toute licence est donnée et j'ai vu des Gardiens qui m'ont fait sourire, d'autres qui m'ont fait rêver, d'autres qui m'ont effrayé, et je reste ébahi devant la spiritualité de ce peuple et son potentiel d'imaginaire.
J'aime aussi la façon qu'ils ont d'habiller leurs statues, suivant les modes et les saisons. Elles ne sont pas figées dans le temps comme nos saints ou nos gisants. Elles vivent, se plaisent dans de nouveaux atours et ne dédaignent pas une offrande. La dernière fois que j'ai vu quelque chose de semblable, c'était à San Pedro Chamula, dans le Chiapas, où les statues des saints sont habillées ou déshabillées, voire démenbrées si elles ne servent pas au bien être de la communauté. Où le curé est la seule personne qui n'a pas le droit d'entrer dans l'église...
Je retrouve ici ce mélange d'iconoclastes et de dévots, pour qui chaque chose est animée, où chaque chose est jugée par rapport à son interaction avec les humains. Et encore une fois je repense à Giordano Bruno, qui a brûlé comme une torche pour avoir eu exactement ce genre de feeling, dans une société nettement moins permissive que la balinaise...
Alors voilà, il me reste trois jours et je collectionne, tout en sachant que c'est vide de sens mais que peut-être mes mots ne seront pas assez, pas suffisamment concluants, bref que je ne suis pas assez écrivain pour faire passer mon amour pour cette île merveilleuse et qu'il me faut le prouver à coup de photos et d'artefacts.
Un aveu de faiblesse, sans doute, mais que le premier qui n'a rien sû faire d'un coucher de soleil ou d'une éruption volcanique me jette la première pierre.