vendredi 16 novembre 2012

Bali for ever


Les jours se suivent et se ressemblent. La mousson approche. Djakarta est sous les eaux. Ici le ciel gronde mais jusqu'à présent peu de pluie et les matinées sont lumineuses. En fin d'après-midi je vais d'habitude au Café Angsa parce qu'on y a une vue sur les rizières, que les filles sont adorables et le café balinais bon marché. Pour une raison qui m'échappe, le fait que j'y vienne pratiquement tous les jours en commandant à chaque fois la même chose les met en joie. Bali Coffee? demandent-elles sans vraiment attendre la réponse. Et elles s'en amusent comme d'une bonne blague dont on ne se lasse pas.
Mais les jours se suivent, la récolte du riz vient d'être faite et au vert tendre et lumineux, reposant, des rizières succède le jaune de la paille, et bientôt le brun de la glaise quand viendra la charrue. En attendant les paysans y font passer une armée de canetons qu'ils dirigent à grand coup de drapeaux de toutes les couleurs pour ne pas que se perde un seul grain de cette manne. 
Bali, terre d'abondance, attend sans inquiétude la mousson. Je suis allé faire un tour du coté de Tampaksiring et Tegallagang. Partout de larges espaces où on fait sécher le grain. Les paysans relèvent leur sarong entre les jambes pour repiquer ou bêcher les drains. Dans cete région ils portent les chapeaux coniques qu'on peut voir dans toute l'Asie et il y a véritablement quelque chose d'éternel dans ces figures penchées, appliquées. Dans cette vérité entendue sous d'autres latitudes, au Guatemala par exemple, quand il était question de réforme agraire:

 El pez vive del mar, el aves del aire y el hombre de la tierra.

Il est toujours question de réforme agraire, où qu'on se trouve, mais il semblerait qu'en Asie un consensus a été trouvé et au moins les gens ne meurent pas de faim à cultiver leur propre terre. En tout cas pas à Bali où les filles ont des joues rondes et des sourires sans équivoque, où les gamins ont des belles dents et s'amusent d'un rien, où les gens sont suffisamment nourris pour s'offrir le luxe inouï de faire des offrandes de nourriture aux esprits, que les poulets picorent sans vergogne au petit matin pendant que personne ne regarde.
Je suis chaque jour un peu plus amoureux de cette île et je pourrais même dire pourquoi, même si l'amour demande tout, sauf de la compréhension. Entre l'enfer et le paradis il n'y a qu'un pas. Rien à voir avec nos pêchés, désolé. Juste un minimum de clairvoyance et d'opportunité. Je connais sur cette petite planète des endroits qui sont véritablement merveilleux, d'autres qui sont parfaitement horribles. Parfois seulement à quelques kilomètres de distance. Pourquoi les gens choisissent-ils de vivre ici plutôt que là reste sujet à spéculation... En ce qui me concerne, je n'aime pas souffrir inutilement et j'ai plaisir à vivre dans des endroits plaisant.
Il me reste deux semaines à passer ici. J'en ferai mon profit. J'ai le sentiment qu'aller en France n'est pas ce que je vais faire de plus divertissant, même si j'y ai des amis que je n'ai vu depuis longtemps. En conséquence de quoi, ce soir je vais m'offrir un babi soyang tepur, du porc revenu à la poëlle avec des légumes et de l'ail, délicieux, accompagné d'une bière Bintang bien fraiche. Il ne suffit pas de reconnaitre le paradis en tant que tel. Encore faut-il en profiter...