J'aime Bali. Cela fait presque un mois que j' y suis, j' y avais déjà fait un court séjour, j'ai depuis appris beaucoup de choses sur ses moeurs son histoire ses philosophies. J'ai depuis rencontré ses habitants.
A vrai dire c'est la seule raison probante et en plus elle est indirecte: J'aime Bali parce que les balinais m'aiment bien. Parce qu'ils m'ont bien reçu, qu'ils n'ont pas cherché à m'arnaquer plus que nécessaire, parce qu'il y a une sorte de compréhension mutuelle. J'aime Bali parce que cette femme au warung où je suis allé diner ce soir m'a regardé comme un être humain, comme quelqu'un qu'elle avait envie de connaitre. Je ne sais pas comment elle s'appelle, pas plus qu'elle ne connait mon nom. Je n'ai pas particulièrement envie d'elle, pas plus qu'elle n'a envie de moi.
Mais nous nous sommes rencontrés et de fait c'est ce qui m'avait retenu à Bali la première fois: Des gens qui vous regardent droit dans les yeux, sans rancoeur ni regret, avec juste cette pointe de curiosité qui vous laisse croire qu'ils vous considèrent comme égal. Cette si désira ble franchise dans les rapports humains... Je suis fatigué d'être un chele un zoreille un popaa un long-nez un forastero un wasipin un gringo, quoique ce soit qui me stigmatise pour quelque chose d'aussi stupide et dérisoire que la couleur de ma peau ou la forme de mon visage.
Cette femme ce soir m'a regardé comme ce que je suis, n'a même pas cherché à me juger. Je ne dis pas que son regard ait été particulièrement conciliant (il l'était, en fait. On s'aime bien, tous les deux) mais en tout cas il ne portait aucun de ces a priori portant sur mon aspect physique, ma religion ou mes possibles moeurs sexuelles.
Juste ça: Une liberté de ton. Ce que j'écrivais dans mon dernier blog: les balinaises ont quelque chose que les femmes du monde entier leur envient, même si elles ne le savent pas. Une forme d’humour, peut-être. Une liberté de ton. J’adore papoter avec les balinaises, pendant que leurs maris balayent la cour en sifflotant. Elles ont ce rire de gorge auquel nul ne peut résister, et cette grâce que donne une civilisation multimillénaire où chaque geste, chaque mouvement du poignet, chaque ondulation du cou signifie réellement quelque chose.
Je n'ai pas changé d' avis, bien au contraire. A une époque où des femmes se font lapider et où tant d'autres sont en cage, physiquement ou mentalement, les balinaises sont là pour nous rappeler qu'il est possible pour une femme d'être elle-même, dans toute sa féminité, sans pour autant porter le poids d'une malédiction. Et de fait c'est tellement notable que même les occidentales, après quelques jours ici, laissent tomber leur attitude, laissent tomber leurs défenses et se débarassent de leur burqa mentale, comme si elles pouvaient enfin respirer librement et se contenter d'être elles-même.
Ce soir j'écoute au casque la Cheika Rimitti, la grand-mère de toutes les révoltes. Foin des Eve, des Pandora et des Lilith, sachez mesdames, que sur cette planète il y a au moins une île où une femme puisse totalement être sans même se donner la peine d'apparaitre.
