lundi 8 octobre 2012

Bali


Les femmes au petit matin qui posent délicatement leurs offrandes aux dieux sur le pas de la porte, des petits paniers tressés dans des feuilles de bananier avec trois grains de riz, une fleur de frangipanier, un forget-me-not, un soupçon d’épice. Avec l’aube elles font chauffer l’eau pour cuire le riz de la journée, aspergent les autels d’une eau qui ne peut être que sacrée, consacrent une prière, ou peut-être juste un inclinaison du torse vers les vents dominants et ce monde habité dans lesquelles elles naviguent sans boussole, uniquement servies par leur intuition: Elles savent quand les esprits sont en colère. Elles savent quand les dieux demandent.
Je n’ai jamais vu un peuple aussi spirituel. En Asie, animisme, polythéïsme et monotheïsme se rassemblent et se ressemblent, sans qu’il y ait contradiction dans les termes. Dans le Bali hindouiste, il y a Shiva, le principe fécondant, et les touristes anglaises regardent d’un oeil incertain les lingams qui lui sont dédiés - concrètement des godemichets de bonne taille en bois, on en trouve de pleins paniers -  et se posent des question sur leur propre sexualité. Les balinais s’en amusent. Buy one? Buy two? On appelle ça le choc des cultures. Elles regardent à droite à gauche et elles en achètent trois, bargain price for you lady et elles se voient déjà en offrir un a cette bitch à Londres qui jouait les affranchies, et en garder un autre pour les longues soirées d’hiver...
Spirituel. Un monde habité. J‘ai loué un motorbike et je suis allé faire un tour dans la campagne. Quelle autre île sur cette planète peut prétendre à une telle richesse? Trois volcans endormis, une terre brune et lourde comme un sein de matrone, une eau qui court librement, deux moussons par an et au moins trois récoltes. Une terre à ce point bénie des dieux, comment ne pas leur faire offrande? Les balinais ont cette rondeur de visage, cette satisfaction dans les traits de ceux qui n’ont jamais connu la faim. 
Je me suis promené dans les rizières, touchant du bout des doigts le riz qui montait comme le meilleur blé en Juillet. Bali, le nombril du monde, le ferment des générations futures. Bali l’île éternelle, le repos de l’humanité. Il y a une, comment dire, une satisfaction à savoir qu’un tel endroit existe. Plus qu’une satisfaction: un soulagement.
Et quand comme moi on arrive de Nouméa-la-Scrofuleuse, ce n’est pas juste un soulagement, c’est un espoir. Encore un fois pouvoir croire en l’humanité, quand on croise ce sourire lumineux, cette fille tellement jolie, tellement gracieuse qu’on a pas même la moindre concupiscence  et qu’on reçoit, qu’on accepte comme tel cette grâce comme une offrande, comme une part de nous-même qu’ on’ aurait oublié d’apprendre - ou de cultiver.