vendredi 19 octobre 2012

Ubud, Bali


J’essaie d’apprendre trois mots d’indonésien, ne serait-ce que par politesse. A vrai dire j’aimerais en apprendre bien plus, vu qu’à quelques variantes près le malais se parle dans toute cette région du monde et que pour un français c’est relativement facile. Des A francs, on roule modérément les R, il n’y a pas, dieu merci, de déclinaisons, et on parle comme on lit. Apakabar, mon lascar?
Le hic, c’est qu’à Bali on parle le balinais. Cette île a une culture tellement ancienne et puissante qu’elle a réussi à garder sa langue et sa religion alors que tout le reste de l’Indonésie est musulman. Les derniers hindouistes de Java sont venus se réfugier ici au XVIII ième siècle et Bali a tenu contre vent et marées, alors même que les îles plus à l’Est comme Lombok ou Flores sont devenues musulmanes. Les hollandais, qui étaient avant tout des commerçants, se sont bien gardés d’intervenir dans les affaires religieuses, ayant suffisamment de problèmes chez eux, merci bien.
L’Hindouisme n’étant pas avare de dieux, il y en a un plein catalogue mais ce qui domine ici à Ubud c’est surtout Ganesh, Arjuna et Saraswati. L’histoire raconte que Shiva, revenant de sa montagne où il avait médité, trouve un jeune homme sur le pas de sa porte. Les dieux sont jaloux, c’est bien connu, mais si en plus on ne peut pas méditer en paix sans se faire pousser des cornes, où va le monde, on se le demande. Donc Shiva d’une seule gifle arrache la tête du supposé amant. Oups, c’était en fait le fils de Parvati, qu’elle avait conçu toute seule, s’ennuyant sans doute.
Passe un éléphanteau. Un autre gifle, une autre tête qui vole et Shiva la pose sur le tronc de Ganesh en s’excusant de sa méprise. Désolé fiston, tu sais ce que c’est, on agit parfois sans réfléchir...
Ayant une tête d’éléphant il en hérite évidemment la proverbiale mémoire et c’est donc lui qui écrit le Mahabarata (j’ai oublié un H quelque part), l’épopée des dieux, à l’aide d’une de ses défenses. C’est donc le dieu des écrivains, secondé en cela par Saraswati, déesse des livres, de la connaissance et de la musique. Elle-même est toujours représentée sur un lotus ou sur un cygne, jouant de la cythare et comme elle a quatre bras, elle peut en même temps écrire un bouquin et se gratter les orteils.
Je n’en ai bêtement que deux, pas même une trompe et j’essaie quand même d’écrire un bouquin, alors pour la musique je met un casque et je suis obligé d’attendre un moment de farniente pour pouvoir enfin me gratter les orteils.
Mais les balinais sont avant tout animistes. Il y a les Hyangs, les esprits, qui habitent toute chose. Certains sont bénéfiques, d’autres maléfiques mais dans le doute il vaut mieux s’en garder, ce pour quoi on trouve des gardiens à l’entrée de chaque maison et il y a toujours une statue, un mur, quelque chose en face de l’entrée parce que les Hyangs avancent en ligne droite et que si jamais ils arrivent à passer la vigilance des gardiens, ils vont rebondir et ne pas pénétrer plus avant.
Astucieux, non?