samedi 1 septembre 2012

Noumea


Un bateau! Mon royaume pour un bateau! Après presque une année à trimer à Nouméa, j’ai enfin pu remplir la caisse de bord et je peux continuer mon voyage vers l’Ouest, vers le Nord, n’importe où sauf dans cette île que j’ai appris à détester avec une intensité qui parfois m’étonne.
Ma prochaine destination, en théorie du moins, c’est Bali. C’est l’idée qui cloture le précédent blog, le Fou sur la Delfinière, http://gregoirerenard.blogspot.com/ et je n’en ai pas changé depuis, pensant à Bali comme à une délivrance, une lumière vers laquelle me diriger ainsi un moteur pour continuer à travailler, vivre comme un moine, dormir dans des dortoirs, ne jamais sortir le soir et travailler, travailler encore. Keep your eyes on the prize.
Bali comme un repoussoir à la Nouvelle Calédonie, comme un havre de civilisation. Bali comme un nom simple qui s’épelle comme une confirmation qu’il existe effectivement dans ce monde des choses simples et plaisantes, des gens souriants et bien intentionnés,  des paysages qui reposent les yeux et revigorent l’esprit. 
J’ai lu Grenier comme tout le monde, je sais ce qu’il en est des îles. Certaines s’éternisent dans nos souvenirs  mais d’autres se quittent, se quittent enfin, pour ne jamais y revenir. La Nouvelle Calédonie est de celles-là. Heureux comme Ulysse le jour où je verrai sa côte s’estomper dans le lointain!
Mais pour cela bien sûr il me faut trouver un bateau, et ce n’est pas le plus facile. Ma première option, une des plus chatoyantes, était d’embarquer sur le Havannah. Un gros sabot en ferraille de vingt-cinq mètres qui d’habitude fait le cabotage dans les îles Loyauté et les Vanuatus. Les Vanuatus étant plus au Nord, je m’étais dit que j’y trouverais sans doute plus de passage pour aller vers le détroit de Torres et la mer d’Indonésie. Las! Le Havannah est en vrac. Moteur en carafe, un gros trou dans la coque et des canots de sauvetage périmés. La rotation est suspendue ad vitam. Mais en discutant avec le vigile, j’apprends qu’il (le bateau, pas le vigile) doit partir en cale sèche aux Phillipines...
Je suis monté comme un seul homme au bureau du capitaine d’armement, me disant qu’un bateau dans un tel état ne trouverait pas beaucoup d’amateurs pour naviguer quinze jours entre la Papouasie et les Gilberts, et j’ai proposé mes services comme cuisinier de bord, métier que je n’ai jamais exercé mais il faut un début à tout et dans un tel contexte desperado - je veux dire, le truc a une chance sur deux de couler à la sortie du lagon - j’avais mes chances d’être recruté.
Aux dernières nouvelles, le Havannah, s’il part un jour, ne le fera pas avant fin Octobre, le millésime restant à définir...