Maui est parti. Le chasseur de têtes de Vavutu. L’éponyme du héros polynésien qui arréta la course du soleil avec l’aide des poils pubiens de sa soeur. Mon pote Maui, natif de Raiatera, les Iles sous le Vent, et y retournant après un purgatoire semblable au mien, pire encore puisqu’il travaillait à la mine, comme cuisinier il est vrai.
On vient en Nouvelle Calédonie pour y trouver le plein emploi, la mer et le soleil. C’est vrai. Ce qui est aussi vrai, c’est que, cent ans après son abolition, cette île a encore un parfum de bagne.
Maui et moi nous sommes rencontrés à l’auberge de jeunesse, en janvier. Tous les deux sans le sou, tous les deux cherchant des contrats qui n’arrivaient pas. En attendant je déchargeais des containers sur le port, il faisait la sécurité au bingo, on avait à peine de quoi manger. Du Zola, mon bon monsieur.
En Septembre, il a craqué, rendu son tablier et acheté un billet pour aller retrouver sa femme et ses gosses. Il est en ce moment dans l’avion et même s’il baratine son voisin ou l’hotesse (plus probablement l’hotesse) je sais que son coeur est content, son esprit soulagé, et ceci mitige la peine que j’ai à le voir partir - la jalousie aussi, vu que je suis toujours là, damn it!
Les tanés sont sympas. Au chantier à Koutio il y a Cyril, qui vient de Moorea. Quand il me voit arriver il s’écrie «la Légende!». Pour ne pas être en reste, je m’exclame «le Mythe!» et nous rions tous deux de bon coeur, juste contents de nous revoir. Cyril roule les «r» pire qu’un bourguignon et porte sur la tête un chignon de concierge parisienne pour protéger sa chevelure des poussières de plâtre. Il a des yeux de coréen et un bon sourire de bouddha de la prospérité, le genre de type qu’on aimerait bien avoir pour beau-frère.
Lui taper sur l’épaule ou échanger une plaisanterie avec lui me rend déjà la journée plus agréable, comme si le béton était moins gris et humide, les étages plus faciles à monter. He’s a good omen. He’s a good man.
Mais je n’en peux plus de Nouméa et de ce chantier. Au fait, j’ai trouvé un autre passage: Un voilier qui va à Darwin, Bali, même le Golfe de Thaïlande. Ce serait parfait si l’équipage n’était composé de deux alcooliques en phase terminale, ce qui n’augure rien de bon. De plus le capitaine me demande quelques 30 euros par jour pour la nourriture, ce que je trouve excessif. On ne se prive de rien, me dit-il, et surtout pas de pastis ai-je envie d’ajouter. J’imagine déjà les quarts de nuit, voile réduite et pilote automatique, tout le monde ronflant ivre-mort en espérant ne pas se retrouver sur la route d’un supertanker...